🇫🇷 10700 — Note de M. Ledru sur les peintures murales de Saint-Nicolas (1864)

Note du 4 août 1864

10700 — Note de M. Ledru sur les peintures murales de l’église Saint-Nicolas

Le 4 août 1864, M. Ledru signale à ses collègues la découverte, sous les enduits, de fragments de peintures murales dans l’église d’Avesnes-le-Comte. Transcription et lecture d’un document d’archive.

Document d’archive. Cette page reproduit une note manuscrite de 1864. Les observations, datations et identifications qu’elle contient sont celles de son auteur et n’ont pas fait l’objet d’une vérification scientifique. Elles sont présentées ici comme témoignage historique, non comme état établi des connaissances.

1. Le contexte de la découverte

Selon la note, les habitants les plus âgés se souvenaient d’une église ornée de peintures murales, attribuées à un artiste avesnois nommé Heudes. Ce décor avait disparu sous un enduit posé à l’initiative d’un ancien doyen, M. Bernard, jusqu’à la hauteur des fenêtres.

En 1864, la Fabrique fit tomber cet enduit pour rétablir les murailles dans leur état primitif, par grattage et rejointoiement. En poursuivant les travaux jusqu’au sommet des voûtes, on découvrit sous un plâtrage plus ancien des fragments de peintures que Ledru attribue au XVIe siècle. La dépose ayant nécessité d’entailler la pierre à intervalles rapprochés, une partie de ces peintures se trouvait déjà endommagée, ce que la note qualifie de « piquage regrettable ».

Ledru rappelle par ailleurs qu’en 1855, un doyen avait relevé, en dégageant les voûtes, des traces d’une décoration polychrome. Il note que les chapiteaux de deux colonnes en conservaient encore les vestiges.

2. Ce que décrit la note

Les découvertes se situent du côté gauche de l’église, là où se trouve la chapelle de la Sainte Vierge. La note annonce trois tableaux, mais n’en décrit que deux : le texte s’interrompt avant le troisième.

Premier tableau. D’environ 1,20 m sur 1,30 m, il montre deux personnages nimbés. Celui de droite, en costume civil antique avec une aumônière au côté, présente de la main droite un coffret surmonté de ce que Ledru décrit comme une espèce de ciboire. Celui de gauche porte une tunique à arabesques et un camail en damier, les mains jointes, un long manipule pendant au bras gauche — ce qui fait dire à l’auteur qu’il s’agirait d’un dignitaire ecclésiastique.

Second tableau. Un tombeau sculpté à même le mur, recouvert de peintures sur la pierre et tout autour. Les sculptures ont été brisées ; subsistent une urne surmontée d’une croix et la partie haute de deux personnages adossés à cette urne. Le tombeau, cintré, est bordé d’un encadrement au ras du mur, surmonté d’une frise à deux rinceaux, d’une corniche puis d’un attique peint. Au fond de l’attique, le Père Éternel — un vieillard, tiare sur la tête et manteau de pourpre — plane dans un ciel d’or, les bras tendus vers les défunts. Des urnes funéraires occupent le sommet et les deux angles inférieurs.

3. Les hypothèses de l’auteur

Deux identifications sont proposées par Ledru. Elles reposent sur son seul examen visuel et demandent confirmation.

Il rapproche d’abord le personnage offrant l’hommage de l’époque où l’archiduchesse Isabelle-Claire-Eugénie était souveraine du domaine d’Avesnes-le-Comte, en se fondant sur l’aspect des vêtements.

Il identifie ensuite le tombeau comme celui de Jeanne Froissier, épouse de Hugues de Wignacourt, seigneur d’Escalus, gouverneur et bailli d’Arras et d’Avesnes-le-Comte, ainsi que de sa fille Isabeau de Wignacourt, mariée à Jean IV de Morel-Tangry, également seigneur d’Escalus. L’épitaphe gravée sur la tombe ayant été grattée, la note précise qu’elle a été retrouvée dans les archives.

Point à vérifier. Ledru date les peintures du XVIe siècle, mais Isabelle-Claire-Eugénie gouverne les Pays-Bas de 1598 à 1633, soit au XVIIe. La note ne résout pas cette tension ; elle est signalée ici pour mémoire.

4. Transcription intégrale

« Note sur quelques peintures murales découvertes dans l’église d’Avesnes-le-Comte. M. Ledru appelle de nouveau l’attention de ses collègues sur les peintures murales de l’église d’Avesnes-le-Comte par la lecture de la note suivante.

Les personnes d’un certain âge ont pu voir dans l’église d’Avesnes-le-Comte décorée de peintures murales dues au pinceau d’un artiste avesnois du nom de Heudes. Ces peintures ont disparu lorsque le dernier doyen, M. Bernard, substitua à celui qui les supportait un enduit au plafond, dont il recouvrit la face intérieure de l’église jusqu’à la hauteur des fenêtres. La Fabrique, dans des vues plus intelligentes, vient de tomber l’enduit de M. Bernard pour rétablir les murailles dans leur état primitif au moyen d’un grattage et d’un rejointoiement qui ne laissent rien à désirer. On alla plus haut et, en poursuivant le grattage jusqu’au sommet des voûtes, on ne fut pas peu surpris [de trouver] à la hauteur des fenêtres et sous l’ancien plâtrage des fragments de peintures du XVIe siècle. Malheureusement, pour faire adhérer au mieux le plâtrage en question, l’ouvrier dut entailler les pierres à des endroits très rapprochés et occasionner dans les peintures un piquage regrettable qui ne permet plus bien d’en saisir le sens. Toutefois, après un examen très attentif, nous avons cru qu’il était utile d’en relever autant que possible la représentation.

Déjà en 1855, M. le doyen, en dépatant les voûtes, avait trouvé çà et là des traces d’une décoration polychromatique. Nul doute que ces peintures n’aient été en grande partie grattées à une époque que l’on ne peut préciser ; les chapiteaux de deux colonnes en présentent encore les vestiges bien conservés. Les découvertes récentes consistent en 3 tableaux situés au côté gauche de l’église où est la chapelle de la Sainte Vierge.

Le tableau le plus rapproché de l’autel de la Vierge a une étendue d’environ 1,20 m sur 1,30 m de large. On y remarque deux personnages nimbés ; celui de droite paraît revêtu d’un costume antique de l’ordre civil avec une aumônière au côté ; il présente de la main droite une sorte de coffret surmonté d’une espèce de ciboire au personnage de gauche. Ce dernier semble paré d’une tunique recouverte d’arabesques et surmonté d’un camail en damier : un long manipule pend de son bras gauche ; il a les mains jointes et paraît être un dignitaire ecclésiastique.

À l’époque de la fondation de l’église, l’archiduchesse Isabelle-Claire-Eugénie était souveraine du domaine d’Avesnes-le-Comte, et l’aspect des vêtements de femme qui recouvrent le personnage offrant l’hommage donnerait quelque ressemblance à notre supposition. Le tableau qui vient ensuite est un tombeau sculpté dans le mur et recouvert de peintures, non seulement sur la pierre mais encore au-dessus et alentour. Une main barbare a brisé les belles sculptures de la tombe. On y voit encore toutefois comme une urne surmontée d’une croix et la partie supérieure de deux personnages adossés à cette urne. Ce tombeau est cintré, entouré d’un encadrement à fleur du mur et surmonté d’une frise couverte de deux rinceaux ; au-dessus de cette frise règne une corniche surmontée d’un attique ; cette dernière partie est en peinture. Dans le fond de l’attique, le Père Éternel, sous la forme d’un vieillard doux et vénérable, plane dans un ciel d’or, les yeux fixés vers la terre ; une espèce de tiare couvre sa tête, un large manteau de pourpre couvre ses épaules et ses plis onduleux se perdent dans quelques nuages d’azur ; ses bras sont tendus en avant comme pour recueillir les pieux personnages qui dorment dans leurs sépultures. Au sommet et aux deux angles inférieurs de l’attique sont posées des urnes funéraires.

Ce tombeau est évidemment celui de Jeanne Froissier, épouse de Hugues de Wignacourt, seigneur d’Escalus, gouverneur et bailli d’Arras et d’Avesnes-le-Comte, et de sa fille Isabeau de Wignacourt, mariée à Jean IV de Morel-Tangry, seigneur d’Escalus. Leur épitaphe gravée sur la tombe a été grattée. Elle a été retrouvée dans les archives (voir les pierres tombales). »

— Rapport de M. Ledru, note du 4 août 1864. Transcription conforme au manuscrit ; ponctuation et accents régularisés, ajouts entre crochets.

Sources, réserves et crédits

Source : note manuscrite de M. Ledru, 4 août 1864, lue devant ses collègues de la Commission historique. Transcription : Avesnes-le-Comte Patrimoine.

Réserves : les datations (XVIe siècle), l’attribution à l’artiste Heudes et l’identification du tombeau reposent sur le seul examen visuel de l’auteur en 1864. Aucune expertise contemporaine n’est venue les confirmer. La graphie « Escalus » est celle du manuscrit et a été conservée.

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