Avesnes-le-Comte · Série 5000 · Métiers d’autrefois · Infrastructure & Chemins
Cantonniers et l’Entretien des Fossés
Gardiens des chemins · Fossés, pavés et voirie rurale · XVIIIe–XXe siècle
Avant que le bitume ne vienne aplanir le monde, chaque route de l’Artois était un combat quotidien contre la boue, l’eau et l’usure. Le cantonnier d’Avesnes-le-Comte était le gardien silencieux de ces artères — un homme seul face à la nature, avec sa pelle, sa pioche et une patience sans fin.
Section I
Les routes de l’Artois : un combat quotidien
L’Artois est un pays de terre lourde, argileuse, qui devient un piège dès qu’il pleut. Les chemins reliant Avesnes-le-Comte aux villages voisins — vers Fosseux, Hauteville, Berlencourt — étaient souvent à peine praticables l’hiver. Les charrettes s’enfonçaient jusqu’à l’essieu, les voitures restaient prises, et le transport du grain ou du charbon tournait à l’épreuve de patience.
Les routes royales, devenues plus tard routes nationales, étaient entretenues par l’administration des Ponts et Chaussées, qui affectait à chaque tronçon un cantonnier. Cet homme avait la charge d’une section précisément délimitée : quatre à six kilomètres en général, qu’il parcourait chaque jour à pied, inspectait et remettait en état.
Section II
L’art de l’entretien des fossés
Le cœur du métier, c’était le curage des fossés. Les rigoles d’écoulement de part et d’autre de la chaussée devaient être régulièrement creusées, débroussaillées et débarrassées de la vase — faute de quoi l’eau stagnait sur la route et la rendait impraticable. Au printemps et après chaque forte pluie, ce travail passait avant tout le reste.
S’y ajoutaient le rebouchage des nids-de-poule au caillou ou à l’empierrement, la taille des haies et de l’herbe sur les talus, et l’entretien des bornes kilométriques. Dans le bourg même, il avait la charge du pavage des rues principales — ce pavé de grès caractéristique dont quelques portions ornent encore le centre d’Avesnes.
Le cantonnier connaissait sa route comme un paysan connaît son champ : chaque pierre, chaque virage, chaque endroit où l’eau s’arrêtait quand il pleuvait. Il était à la fois le premier météorologue et le dernier artisan.
Avesnes-le-Comte PatrimoineSection III
Du cantonnier à l’ouvrier des routes
Avec l’arrivée de l’automobile et le développement du réseau routier au début du XXe siècle, le métier changea de nature. Le travail artisanal et solitaire céda la place à des programmes de voirie organisés, à l’outillage mécanique et à des équipes spécialisées. Le dernier cantonnier traditionnel d’Avesnes disparut dans l’entre-deux-guerres — mais le réseau de chemins qu’il avait entretenu pendant des décennies porte encore son empreinte invisible.
- Archives départementales du Pas-de-Calais — série S : routes et Ponts et Chaussées.
- Registres des cantonniers du canton d’Avesnes-le-Comte (XIXe–XXe siècle).
- Histoire des routes royales et nationales dans le Nord de la France.
- Collection DOC GÉNÉALOGIE — Avesnes-le-Comte Patrimoine, 2026.
